anecdotes transsiberien

Un voyage sans péripétie, ce n’est pas drôle. Découvrez mon pire et mon meilleur souvenir (oui, oui à la fois) de voyage avec le transsibérien en Russie…

APRÈS MOSCOU, DIRECTION SAINT-PÉTERSBOURG…

Après 5 jours magiques à Moscou durant les festivités de Noël, nous avons pris le train pour Saint-Pétersbourg.

Le Transsibérien est une ligne qui relie Moscou à Vladivostock (soit 9000 km de voie ferrée !), c’est avec elle que nous avons voyagé de nuit vers Saint-Pétersbourg.

Le matin du trajet, nous avons déposé nos valises à la gare de Moscou pour profiter de la journée avant que le train ne parte à 19h40.

Cette fois, les valises étaient nécessaires pour le voyage : entre le besoin de vêtements chauds et les souvenirs (Matriochkas et Vodkas en tout genre)… des valises bien lourdes d’ailleurs, pour que finalement, il ne neige pas pour la toute première fois

…ENFIN, PAS TOUT À FAIT

Nous avions le temps : l’embarquement se faisait une demie-heure avant le départ, et au vu de la journée, nous aurions même de l’avance.

15 stations de métro et deux erreurs de changement plus tard, nous voici à nous répartir les tâches précipitamment pour arriver à temps pour l’enregistrement du Transsibérien (évidemment, sans ces imprévus, que serait l’aventure ?!) : achat de bouteilles d’eau, repérage de la voie, et surtout nourriture car nous n’avions rien trouvé et le voyage durerait jusqu’au petit matin avec un total de 9 heures de trajet.

Dona nous rapporte des Bucket KFC à partager, pendant que je réglais les bouteilles d’eau que nous avions trouvé dans ce qui ressemblait à un kebab.

Bref, autant vous dire qu’il n’y avait pas grand chose à manger, mais ça suffirait amplement – tant que nous attrapions notre train ! 

EMBARQUEMENT NON-IMMÉDIAT

Peu importe ce qu’il pouvait être écrit sur notre billet et qu’il soit en russe : aucun chiffre ne mentionnait notre voiture, seulement notre numéro de place… à savoir qu’il y avait 20 voitures ! 

La provodnitsa, l’hôtesse de wagon, s’occupait de vérifier les billets à l’extérieur, nous sommes donc allés la voir pour connaître notre voiture.

Après avoir vérifié nos passeports, et aucunement répondu à nos questions, elle scanne nos billets et… nous dit de monter dans la toute première voiture, en les rangeant dans sa poche (?!!). 

Nous étions les seuls – et par ailleurs visiblement les seuls touristes – à qui elle n’avait pas rendu les billets… étrange, mais j’avais gardé en tête notre numéro de place : 31.

Nous arrivons dans un wagon-couchettes complètement ouvert : d’un côté (le nôtre) 2 lits superposés, de l’autre, une table qui se dépliait et se transformait en lit-couchette, tout le long de la voiture.  

Des lits aussi durs que la table sur laquelle je suis en train d’écrire, un sac de couchage : que l’aventure transsibérienne commence ! 

Ne comprenant pas trop le fonctionnement, nous avons pris les lits 31-32-33-34, et commencé à partager nos Buckets avant que le train ne démarre.

Dona et moi faisons aussitôt la même remarque : sur les récits de blog, il était vivement conseillé de fermer sa porte de compartiment à clé, car les touristes se faisaient souvent voler la nuit. Mais comment peut-on fermer une porte lorsque nous partageons notre lit avec une cinquantaine d’autres personnes, le wagon étant entièrement ouvert ?

Quelques minutes et 2 ailes de poulet chacun plus tard, arriva ce que nous craignions : un Russe nous fait comprendre que nous sommes assis sur son lit, puis un autre, et encore un autre… Le train allait démarrer, nous étions complètement perdus.

Après un éclair de génie (et du réseau en Russie.. merci Free), je parviens à récupérer mes tickets de train par e-mail et essaie de les montrer aux gens, qui – à part me faire comprendre que je ne suis pas au bon endroit – ne savent pas m’aider. 

Et là : miracle ! Le seul autre touriste du train arrive vers nous et dans un anglais parfait nous dit : « Il nous arrive le même problème ! Nous ne sommes pas dans la bonne voiture : notre ticket déclare que nous sommes dans la 1, mais là… nous sommes dans la voiture 20. Vite, il ne faut pas tarder, le train va partir ! »

Il restait effectivement 10 minutes avant que le train ne démarre, et vu comme il avait l’air paniqué, c’est comme si le train allait aller si vite, que nous ne parviendrons pas à rejoindre le bon wagon tout en restant debout : 20 voitures à parcourir, c’était de la folie. 20 VOITURES DE TRAIN À PARCOURIR.

Les garçons nous descendent les 4 valises – qui ne passaient même pas dans le couloir… nous étions obligés de les porter – et proposent de prendre nos manteaux, sacs et le restant tandis que nous avancions avec elles (car évidemment, nous bloquions le passage à ceux qui voulaient s’installer dans la voiture 20…).

Je passe la première avec deux valises, le touriste me suit, et mes 3 copains ferment la marche. 

Déjà là : ça coince. 

Les Russes ne nous laissent pas passer : ils laissent leur valise ou leurs jambes dans le passage, ne se décalent pas quand ils sont dans l’allée – déjà étroite pour une personne… 0 compassion. Au contraire, ils rient : « Frantsuzskiy » qu’ils disent en nous montrant du doigt. 

De longues minutes plus tard, je parviens à atteindre une porte de sortie, pour pouvoir courir sur le quai – et faire rouler les valises – pour gagner UN TEMPS FOU. La provodnitsa m’arrête : non, on ne peut plus descendre, le train va partir

Il restait pourtant 10 bonnes minutes, nous aurions au moins pu gagner quelques voitures d’avance. 

Je continue donc ma route dans les couloirs minuscules, à me faire dévisager et à suer en 5 minutes tout ce que j’aurais pu suer en une année.

PREMIÈRE PORTE

Première porte pour atteindre la voiture 19 : dix fois plus lourde que mes valises. 

J’utilise toute l’énergie qu’il me reste et mets toutes mes forces pour la tirer vers moi avant que le cauchemar ne continue : le train vient de démarrer.

Pire encore, les deux voitures sont reliées par un simple crochet, nous sommes en extérieur et voyons les rails défiler sous nos pieds : un seul faux pas, et c’est sous le train que nous passions.

À nouveau, je dois ouvrir une seconde porte LOURDE pour entrer dans la voiture 19 et retrouver à nouveau ces mêmes couloirs étroits, ces moqueries et pas la moindre aide.

Même combat jusqu’à la voiture 15, si ce n’est que je croisais de temps en temps une provodnitsa me demandant ce qu’on était en train de faire et nous souhaitant bon courage en riant à son tour. 

Voiture 14. 

J’ouvre une nouvelle porte et tombe sur un couloir d’un tout autre genre : plus large, plus lumineux, avec de la moquette rouge et surtout, des compartiments fermables.

Effectivement, nous n’avions pas rêvé : nous avions réservé un compartiment pour 4 (enfin, nous avons surtout suivi les recommandations des bloggeurs, n’y connaissant rien avant le départ).

Le seul gros stress restait ce passage extérieur et dangereux entre chaque voiture.

Voiture 11.

Pour essayer d’oublier la douleur que m’inflige le poids des valises, je repense à ce gentil Russe, venu me voir quelques instants après notre départ pour me rendre mon gant qu’un de mes copains avaient oublié de prendre dans les affaires qu’il restait (en nous laissant prendre les valises). 

Et là, horrible pressentiment : « Les gars, vous avez bien pris mon sac à dos en partant ? ». Ils me regardent, se regardent, et l’absence de réponse ainsi que.. l’absence de mon sac me font rentrer dans une sacrée panique.

Un mélange de sentiments amplifié par les moqueries des voyageurs des différentes voitures, de la lourdeur des valises, du stress, de l’épuisement, d’un sentiment de trahison venant de la première provodnitsa qui avait gardé nos tickets et nous avait volontairement fait monter dans la voiture la plus éloignée possible. Et surtout : par la peur de m’être faite prendre mon sac (contenant mon argent, mon passeport que j’avais rangé dedans exceptionnellement le temps de manger, mais aussi mon passeport de secours du coup…). 

Je lâche les valises et retourne en arrière.

RETOUR À LA CASE DÉPART

Sans valise, ça va plus vite.

Ça ne change toutefois pas la lourdeur des portes, la dangerosité des passages au-dessus des voies et le regard ou moqueries des Russes.

Épuisée, j’arrive à la voiture 20 et vois mon sac tranquillement posée sur un lit-couchette.

Je remercie le ciel, remercie le wagon entier (qui ne devait même pas se douter que ce sac n’était finalement à personne) et repart de plus belle.

Le temps de faire l’aller-retour, mes copains venaient d’arriver dans la chambre.

Émilien me raconte avoir pris le touriste dans ses bras à leur arrivée, tellement tout le monde était soulagé et heureux d’arriver, enfin !

Nous déplions finalement nos vrais lits-couchettes et découvrons même une salle de bain et des toilettes au fond du couloir.

COMPARTIMENT 31

Vous allez rire (car nous aussi, tellement la situation était grotesque) : notre compartiment était le TOUT DERNIER du train ! 

Il y avait plus de place, de vrais matelas et draps, ainsi qu’un système de climatisation et de chauffage.

Après être passés par les wagons les moins chers, nous avons fini par comprendre pourquoi les gens refusaient de nous aider : sans le savoir, on avait pris la première classe et nous demandions de l’aide à ceux qui avaient peut-être économisé des mois pour faire ce voyage en train dans des conditions tristement habituelles. 

Nous n’avions plus faim, les garçons ont mangé les Buckets restants froids. Le long voyage de la voiture 20 à 1 nous avait tellement retourné le bide, qu’on serait tous malades lors de notre arrivée à Saint-Pétersbourg !

J’ai personnellement très bien dormi, j’ai même eu chaud. 

Nous nous sommes réveillés plusieurs fois, le train étant brusque, le bruit étant puissant, qu’on avait parfois l’impression qu’il allait dérailler. 

15 minutes avant notre entrée en gare, la provodnitsa est venue toquer à notre porte pour nous réveiller : adorable.

Le Transsibérien restera une de mes péripéties les plus imprévisibles, et pourtant un de mes meilleurs souvenirs ! 

À vous maintenant de le tester ! 

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